Archives de catégorie : Carnet magique

Entretiens après l’annonce du Grand Port sur la suspension du projet

Quelques zadistes ont répondu aux questions suivantes :

  • Pourquoi s’être installé ici?
  • Comment recevez vous la décision du port de suspendre le projet?
  • Quel avenir/projets pour la ZAD du Carnet ?

L’automédia de la Zad vous propose une retranscription orale de cet entretien d’une heure. Les initiales ont été choisies semi-aléatoirement.

Pourquoi s’être installé ici ?

Z: Parce que j’ai jamais connu de ZAD auparavant et j’ai toujours voulu m’investir dans ce mode de lutte. J’ai toujours voulu connaître le mode de vie communautaire où je peux faire de la politique et en même temps découvrir des activités que je n’aurai pas pu faire autrement.

A: Je suis arrivée avec de la curiosité et je suis restée avec l’envie de m’impliquer dans l’autogestion et mettre les mains dedans pour expérimenter et lutter d’une nouvelle façon. C’est-à-dire passer de la théorie à la pratique et résoudre les défis du vivre ensemble sur une zone qu’il faut défendre perpétuellement.

D: Ce qui est super chouette ici, c’est qu’on peut essayer d’expérimenter une utopie concrète : allier une lutte qui nous tient à cœur, ici la défense d’un espace naturel, et une lutte qu’on trouve légitime. On peut marier ici une tactique d’action directe d’un blocage de travaux pour protéger le vivant avec une vie et une micro société qu’on crée. C’est super fort de pouvoir faire de l’action directe etd’expérimenter d’autres formes d’organisations. D’une part on essaye de vivre en autonomie et émancipée des dominations et oppressions du monde capitaliste et d’autre part on combat ce même monde. C’est une aventure que je trouve fantastique.

D: J’avais déjà expérimenté la lutte en ligne (de façon numérique) et je trouvais ça un peu trop théorique et je voulais expérimenter d’autres moyens de lutter concrètement.

U: C’était pas mal pour passer de la théorie à la pratique. J’étais déjà passé dans des ZAD mais jamais pour y vivre. Je voulais voir ce que c’est d’y vivre et voir tout ce que ça implique, et démystifier l’image du concept de ZAD, toutes les légendes et mythes autour et vivre pleinement l’expérience de la ZAD.

C: Moi j’ai fait beaucoup de théorie avant de faire de la pratique, c’est trop chouette. J’avais lu Kropotkine, Bookchin et j’avais l’impression que c’était un moyen de lutte hyper concret. J’avais plus de maison et maintenant c’est ici ma maison. C’est vraiment cool de vivre dans un espace partiellement libéré et ça donne vraiment l’impression d’être plus en accord avec ses idées ça fait éviter trop de dissonance cognitive.

A: C’est en soutien aux camarades en lutte contre la destruction du vivant par le capitalisme. Ça permet d’expérimenter un mode de vie émancipée du salariat et de construire ici et maintenant le communisme libertaire et l’anarchie.

R: Je voulais protéger les oiseaux.

N: Moi ça fait bien 2 ans que je réfléchis à vivre sur zone, j’ai un travail et tout. Ça fait assez longtemps que je tourne dans ce milieu là, quand j’ai arrêté mon boulot je cherchais une ZAD et j’en ai trouvé une. C’est un moyen de lutte que j’ai déjà expérimenté et que j’apprécie, je vois du sens concret à ce que je fais et voilà c’est ma vie.

E : Ça fait quelques temps que je fréquentais les ZAD et ce milieu d’écologie radicale, et je ne me retrouvais plus forcément dans l’écologie citoyenniste, gentillette. Et du coup il y avait ce besoin de vivre concrètement les idées que je porte et les expérimenter du vivre ensemble, comment on gère les conflits collectivement, comment on vit sans travail, avec moins d’argent, tout ça. Au delà des idées philosophiques qu’on peut porter. c’est un beau bordel mais c’est chouette comme bordel.

Comment vous recevez la décision du port de suspendre le projet ?

T: Méfiance. C’est l’occasion pour le grand port de verdir le projet et de se dire qu’il répond aux injonction/demandes du conseil scientifique et ça lui donne l’opportunité de justifier d’autant plus le projet auprès des acteurs économiques et politiques, et de l’opinion publique.

Z: C’est aussi l’occasion de mettre en pause un projet un peu pourri, dont ils ne savent pas où il va.

A: Je ne fais pas confiance au grand port qui ne considère pas comme « travaux » le fait d’éradiquer des baccharis au bulldozer c’est-à-dire de décaper la terre de 30cm au bulldozer.

D: C’est politique aussi. Le grand port maritime est gouverné par la présidente de la région qui est LR et le vice-président du grand port qui est PS, et c’est un moyen de botter en touche.

D: Même si c’est pas une vraie victoire c’est quand même un signe que notre occupation a un effet. Ça montre que le rapport de force paie et qu’ils le prennent en compte et qu’ils sont obligés de s’adapter.

Quel avenir/projets pour la ZAD du Carnet ?

U: ZAD partout.

C: La ZAD c’est pas seulement s’opposer à un projet en particulier mais c’est aussi s’opposer à un projet de société. Que le projet soit annulé ou pas ça ne va pas interrompre notre lutte. Par exemple : la répression policière, les oppression patriarcales, racistes, le basculement totalitaire, etc.

A: La ZAD c’est une représentation physique des luttes qu’on mène de manière générale. Que la ZAD existe ou pas les luttes persistent.

Quels liens vous avez avec d’autres luttes ?

R: Cette lutte est aussi la conséquence de liens entre différentes luttes. Les gens qui ont lancé cette lutte se connaissaient d’autres luttes. On est toujours en lien avec différentes luttes, ici en Loire-Atlantique, à Nantes, mais aussi à d’autres endroits.

N: On est en lien avec d’autres collectifs de lutte, après au niveau de ce qu’on défend on a des liens avec d’autres choses. C’est important la solidarité dans la lutte parce que c’est ça qui fait qu’on va gagner. L’idée ça serait de recréer une internationale écologiste anti-capitaliste.

E: Pour moi c’est vraiment sur les liens que l’on voit la force de la forme ZAD. C’est un lieu de passage où vraiment toutes les luttes peuvent passer. Le fait que les gens sachent qu’ils peuvent venir et lutter ça crée des liens directs, inter-personnels de gens qui sont de divers endroits. Le fait qu’on ait ce lieu physique ça permet de créer ces liens. C’est presque automatique, si t’as une ZAD t’as des liens qui se créent.

T: En participant à la vie de la ZAD on participe à construire la société après le capitalisme, et par conséquent on est en lien avec tous les mouvements dans le monde qui disent non au capitalisme.

Z: les liens avec les autres luttes c’est que justement c’est un point central de convergence. On expérimente tout ici, c’est une façon de lutter pour tout. En langage des oiseaux on peut décortiquer « lieu » en lie-eux. C’est quand on est ensemble qu’on peut faire des actions qui ont de l’impact.

A: Des tentatives de modèle autonomes, d’organisation autonomes affranchis du système. Les liens sont vachement idéologiques, on va pas se leurrer, on s’organise pas avec tout le monde.

D: Le coté internationaliste, avec la Guyane, la montagne d’or. On pense quand même à un coté qui va au-delà de l’océan atlantique.

D: Peut-être on peut aussi signaler que quand on va sur notre site internet on fait souvent des articles de soutient, donc c’est plutôt visible. On a fait une banderole de soutient pour Roybon, pour la commune de Rezé, pour les lycéens, etc.

U: L’autonomie politique elle est collective, on peut pas la faire dans notre coin on doit faire ça avec d’autres luttes avec lesquelles on est d’accord. On est pas obligé d’être d’accord sur tout mais ce conflit d’idées est aussi enrichissant.

Tentative de traduction de gazouillis d’un phragmite des joncs du coin

Pourquoi humains toujours
Détruisez-vous les joncs et les saules de nos nids ?
Nous ne réclamons rien
Que des joncs et des saules
Et des buissons touffus
Pour nos oisillons nus.

Déjà quand l’hiver vient
Suivant les lignes de pôles
Nos becs nourriciers
Peinent…
— Mais nous chantons quand même !

Les larves et les insectes savoureux
— de même que nos propres aïeux —
Sont ores bien moins nombreux…

Et des saules et des joncs
De nos nids nouveaux
Encore
Souhaitez-vous nous priver ?

Pour nous défendre de vous
— plumes, becs, ailes, enfants —
Nous n’avons rien…
Même nos chants, nos gazouillis, nos sifflements
Ne vous souviennent plus
Que nous sommes vivants…

Vivants !
Encore…
Quand vos actes souhaitent nos morts…

Pourtant
Nous ne réclamions rien
Que des joncs et des saules
Et des buissons touffus
Pour nos oisillons nus.

Image d’un Phragmite des joncs par Gabriel Buissard CC-BY-SA 3.0 (trouvée sur Wikimedia Commons)

Carnet Musical #1

Les sons font vibrer la zad, depuis les coups rythmés du marteau aux chants improvisés au coin du feu, en passant par la berceuse du vent. Voilà la première compilation d’une semaine de zad en musique, comme un journal sonore où s’immerger pour découvrir le quotidien au Carnet. Les images, tournées elles aussi sur l’île, sont une invitation à contempler sa nature sauvage.

Théorie de la galette

À toi poète du bitume, à la 8,6 facile
Nous sommes des galettes de récup’
Ramassées à Saint-Michel
Toutes chaudes, sorties de l’usine
Entassées dans les poubelles
Triées à la volée, nous avons été jetées
Trop cuites, trop molles
Nous n’avons pas été gardées
Qu’elle est belle, cette diversité
De galettes s’entassant dans nos paniers
Nous avons quitté le moule
Nous étions différentes
Trop noires, trop dures
Nous ne connaîtrons ni le plastique, ni le carton
Dans des cagettes en bois,
On nous emmena au Migron
Partagez, mélangez, savourez !
Les galettes de la liberté
Sorties des bennes un jour férié
Remises au goût du jour
Après avoir quitté le four
Nous ne reverrons pas nos sœurs confinées
Dans les rayons des supermarchés
Maintenant nous faisons le bonheur
Des Terres et du Carnet
Nous avons vu les ânes
Nous avons vu les champs
Nous nous sommes serrées,
Entre pièces rejetées
Nous avons fait connaissance
Trop fades, trop grosses
Nous nous sommes aimées
Nous resterons au Carnet

Récit de l’arpentage de Rage de Camp le 30 octobre

Éléments techniques


Le livre arpenté était Rage de Camp. Nous avons arpenté toutes les parties sauf la partie 3 concernant l’autonomie matérielle. Nous étions une dizaine. Nous avons commencé à 15h30 la lecture et commencé la restitution à 16h30. Nous nous sommes arrêté·es à 17h45 après que chacun·e ait parlé à tour de rôle de sa partie et n’avons pas eu l’énergie de discuter collectivement ensuite.

Prise de note de la restitution collective

Bref historique

Un camp autogéré, c’est un rassemblement permettant de partager des expériences et des réflexions. Cela demande un sacré boulot de préparation : quasiment un an pour le campement de Bure. Les campements autogérés ont une longue histoire et il serait long de tous les énumérer. On peut citer les exemples des camps action climat, des campements no borders et des contre-sommets.

Un des objectifs de ce livre est de faire un retour d’expérience sur l’organisation d’un campement autogéré anticapitaliste et anti-autoritaire, à la fois avant et pendant le camp en se basant principalement sur l’expérience d’un camp à Bure en 2015.

Organisation en amont

Au niveau de la préparation en amont, les organisateur·ices se sont organisé·es de manière horizontale et décentralisée. A la fois par choix politique pour l’absence de hiérarchie et par commodité pratique. Par exemple des personnes habitant la même ville prenaient en charge une partie de l’organisation et pouvaient avancer plus vite en se réunissant à leur rythme. Les réunions mensuelles étaient itinérantes ce qui a permis de tisser des liens, d’intégrer de nouvelles personnes et de mieux répartir la charge d’hébergement des réunions.

Il a fallu poser des règles de base et des directions communes pour ne pas se prendre la tête à tout remettre en question systématiquement. S’est aussi posé la question de l’ouverture ou de la fermeture du groupe d’organisation. Quelques fois, c’est pratique d’être ouvert·es pour intégrer de nouvelles énergies, avoir un œil extérieur qui remet en question les évidences et quelques fois, c’est mieux pour avancer de fonctionner uniquement avec des personnes se connaissant afin d’approfondir certains points sans devoir réexpliquer. Il fallait faire aussi attention collectivement au niveau d’engagement individuel des différentes personnes et à être tolérant·es vis-à-vis des capacités d’investissement en temps variés.

Auto-gestion dans le camp

Le collectif d’organisation a choisi de s’auto-dissoudre au début du camp afin de laisser la place à l’autogestion. Pourtant, c’est loin d’être simple de transmettre toutes les connaissances accumulées lors de la préparation afin que les personnes arrivant puissent comprendre le fonctionnement du camp.

Des gens se sont également questionné·es sur comment fonctionner effectivement sans hiérarchie alors que les personnes sachant plus de choses acquièrent naturellement une légitimité plus grande. Comme on ne nous apprend pas dans notre société à fonctionner en autogestion, c’est loin d’être naturel et automatique d’arriver à mettre en place une réelle auto-organisation. Un fonctionnement par groupes de dizaines de personnes nommant des référent·es tournant·es qui se réunissent chaque matin pour faire le point sur les tâches à répartir s’est mis en place sur le camp.

Les auteur·ices ont également ajouté un joli tableau extrait de la brochure L’autogestion c’est pas de la tarte sur comment se débarrasser des chef·fes avec des idées de solutions individuelles, de la part de la personne possédant du pouvoir ou des personnes acceptant cette dominations, et des idées de solutions collectives.

Cohabitation, usage et limites

Dans un camp, il faut penser l’organisation spatiale en fonction des usages. Par exemple en mettant la cantine dans un point central et en éloignant l’espace des soirées du camping. Il ne faut pas oublier également de penser à des endroits où l’on se sent en sécurité, comme par exemple un espace en mixité choisie. Afin de laisser aussi la possibilité à des collectifs de ramener des espaces, de proposer des activités, il faut penser à l’avance de laisser des espaces libres.

Soin et prendre soin

Gérer une équipe médic qui fonctionne pour un camp de 600 personnes, cela ne s’improvise pas. Quelques éléments techniques qui ont été décidés : une voiture dédiée à ça, des permanences H24 de médics et une liste des pharmacies, médecins et hopitaux dans les environs. Un petit retour : il pourrait être judicieux de faire des équipes mixtes médecins-personne familière avec le fonctionnement autogestionnaire du camp.

Pour le soin psychologique, il a été choisi de formaliser l’existence de médiateur·ices, de faire tourner ces rôles et de penser aussi au fait que ces médiateur·ices ont elleux aussi besoin d’écoute.

Liens avec l’extérieur du camp

Il s’agit d’éviter plusieurs dangers : l’effet bulle d’entre-soi, les étiquettes de casseur·euses. Pour cela, il est important de mettre beaucoup d’énergie à tisser des liens avec les personnes habitant les environs. Cela peut se faire via des goûters, des repas partagés, des tractages, des chantiers participatifs, des balades à vélo, etc.

Pourtant, il est quelques fois compliqué de créer du lien quand il y a trop de différences, notamment politique. Quel relation peut on avoir avec son voisin qui tient quelques fois des propos oppressifs et qui souhaite soutenir la lutte antinucléaire ? Certain·es ont fait le choix de ne jamais créer de fausse connivence via l’exclusion de groupes de personnes.

Précautions numériques

Quelques conseils pratiques : préférer Signal aux SMS, installer si possible Replicant sur les téléphones, préférer le système d’exploitation Tails pour les ordinateurs. Se former sur la géolocalisation des téléphones, le bornage, etc.

Communication

La communication à l’extérieur est un enjeu majeur du camp. Rappelons qu’un des objectifs d’un campement autogéré est de visibiliser et de renforcer une ou plusieurs luttes. Ce qui a été utile pour le campement à Bure : création d’un site web, le plus joli et pratique possible, d’une liste mail d’information, mise en place d’un infotour pour visiter divers luttes et collectifs, créer du lien, etc.

Pour la communication sur ce qui se passe à l’intérieur du camp, il y avait une radio que certain·es locaux écoutaient, des journaux muraux affichés dans le camp et à l’extérieur, des tractages porte à porte et aussi des événements hors les murs afin de permettre aux personnes ne se sentant pas légitime à se rendre sur le camp de se tenir au courant et de participer quand même.

Afin d’expliquer le plus clairement comment fonctionne un camp autogéré, il y avait un point accueil, un point info et une brochure de présentation du camp (qui, dans le cas de Bure, est malheureusement arrivée imprimée trop tardivement).

Cela peut être sympa aussi de garder au fur et à mesure des traces de ce qui est vécu collectivement et individuellement sur le camp.

Les liens avec les journalistes sont assez complexes. Il est plus simple que l’équipe d’automédia soit la seule à être en contact et à voir les journalistes mais cela est difficile à mettre en place sans prise de pouvoir. Rencontrer les journalistes loin du camp avec des personnes choisies peut éviter que les journalistes soient chahuté·es par des personnes du camp et éviter aussi que les journalistes fassent des prises de vues ou de son sans que l’équipe automédia soit au courant. L’enjeu est important d’arriver à avoir de bons contacts avec les journalistes sans lisser son image pour autant.

Programme

Pour que le camp attire des gens, il est vital d’établir un programme le plus clair possible et détaillant ce qui va se passer dans chaque atelier. Concrètement, c’est cool de n’avoir aucun atelier sans référent·es à l’aise avec le sujet au risque que l’atelier tombe à l’eau. Quelques fois si les discussions ne sont pas amorcées, elles ne commencent pas toutes seules.

Dans le programme, il faut penser à laisser du temps libre. Un programme surchargé crée un climat de tension et de stress. De plus, cela permet aux personnes arrivant sur place de s’emparer de la programmation en proposant d’elleux-mêmes des ateliers.

Comme dit auparavant, des événements hors les murs permettent de toucher d’autres personnes et de parler de ce qui se passe à l’intérieur du camp.

Action

Avant de décider d’une action, il faut déterminer si elle est judicieuse et analyser le contexte politique et local. Les camps peuvent avoir deux différents types de temporalité : une temporalité courte avec un but d’action qui va monopoliser l’énergie de toutes les personnes présentes ou une temporalité plus longue pour partager des réflexions et des savoirs et appréhender le terrain.

Lors d’une action, la communication est essentielle et il ne faut pas sous-estimer le travail des équipes de talkie. Mettre 3 personnes par talkie pour avoir une personne qui communique, une personne qui s’informe et une personne qui surveille les flics peut être judicieux. Pour que cela soit organisé, il vaut mieux répartir les rôles à l’avance.

Lorsqu’on lance une action un peu plus radicale, c’est important de prévoir les conséquences de l’action et de prévenir les copain·es pour éviter qu’iels soient surpris·es ce qui peut engendrer des tensions et représenter un danger pour tou·tes.

Legal team & Juridique

Pour faire partie de la legal team, il n’y a pas besoin de formation juridique particulière. La Legal Team a 3 rôles : centraliser les informations, reconstruire les événements et faire le lien avec les avocats.

Avant le camp, il faut contacter les avocats pour préparer une ligne politique et négocier des tarifs et planifier leurs disponibilités. Penser aussi à lancer une caisse de soutien. On conseille fortement d’utiliser des téléphones anonymes dont un qui centralise les appels et deux autres numéros pour rappeler les gens.

Lors d’une action, avoir un membre de la legal sur place avec un téléphone permet d’avoir un point de vue objectif et sûr sur ce qui est en train de se passer. On conseille l’utilisation de cahiers pour ne pas perdre des informations mais il faut faire attention à très bien les cacher car il y a beaucoup d’informations sensibles dedans. C’est utile de préparer un flyer sur la situation légale actuelle et les principales informations à retenir ainsi que de faire des rappels juridiques régulièrement.

Pour surveiller les déplacements des flics, penser à organiser une ligne infotrafflic.

Au niveau de l’équipe, il est important que l’équipe soit réduite avec peu de rotation. Il faut une forte confiance mutuelle et le groupe doit être fermé et intégrer des nouveaux membres par cooptation. Au sein de la legal, il vaut mieux des personnes qui retiennent bien les informations et qui ne sont pas trop bavardes.

Après le camp, il faut faire le suivi des interpellations, garder le contact avec avocats, les personnes interpellées et leurs proches, lancer des appels à soutien et organiser des comités de soutien aux procès. Faire également attention à bien détruire tout ce qui n’a plus d’utilité.

Se défendre

Comment faire face à une situation de danger sans avoir recours aux autorités ? Il est important d’évaluer les risques inhérents au terrain (barricades sur les points d’accès inutilisés, etc.) Bien avoir conscience cependant que si les flics veulent intervenir, il est compliqué de les en empêcher mais cela n’empêche pas de mettre en place des mesures pour leurs effets dissuasifs.

Le danger peut venir aussi des voisins et il est important de les anticiper en ayant une connaissance de la situation politique locale afin de ne pas se retrouver complètement hors sol.

Pour gérer les risques d’agression, de violence en interne, on conseille de mettre en place un groupe d’autodéfense et de poser à l’avance la question de la justice autogérée.

Après le camp

Penser à préparer le démontage en amont et à prévoir une semaine. Ce temps peut être utile aussi pour se détendre, l’ambiance est beaucoup plus relax en petits groupes. C’est aussi l’occasion de se retrouver entre groupes affinitaires avec moins de choses à gérer pour faire un petit débrief à chaud. C’est important de créer du lien pendant le camp pour que des gens restent après le camp afin d’aider à démonter.

En termes de matos empruntés, tenir un cahier clair aide beaucoup ainsi que de mettre un·e référent·e par objets empruntés. Demander à l’avance ce qu’il se passe en cas de vol, de perte ou de saisie par la police.

Pour la thune, c’est cool de s’y prendre le plus tôt possible tant que tout le monde est encore là, ça ira beaucoup plus vite qu’une fois qu’on est dispersé·es.

C’est cool aussi de faire un débrief à froid sur une date décidée en amont histoire que les gens aient prévu d’être disponibles. Pour ce débrief, cela fait gagner de l’énergie collective d’en discuter en petits groupes affinitaires histoire d’avoir des réflexions déjà plus construites. Et aussi, penser à des temps différents selon les degrés d’implication des différentes personnes car le ressenti change beaucoup.

Suites politiques du camp

Avant de parler de ça, il est important de rappeler qu’il faut faire attention à la mentalité linéaire des manuels de gestion objectif-résultats. Un camp, c’est aussi du sensible, des liens qui se créent, etc. Les conséquences peuvent être à plus long terme comme par exemple à Bure où le campement de 2015 a peut-être aidé à consolider un groupe qui a lancé l’occupation du bois Lejuc en 2016. Souvent après les campements proches de luttes, de nombreuses personnes choisissent ensuite de rester. Le campement aide aussi à la politisation des locaux et des collectifs en montrant combien l’on est nombreux·ses à s’opposer à un projet en particulier.

L’autre suite du camp, c’est bien sur tous les vécus individuels et collectifs qui vont orienter des trajectoires de vie. Mais ça, c’est une autre histoire pour une autre brochure !

Lettre à celleux qui militent sur les réseaux sociaux

Salut. Moi, j’utilise Tails et Tor pour naviguer sur Internet et je souhaite m’adresser à vous qui militez et partagez du contenu militant sur les réseaux sociaux.

Je ne souhaite pas tomber dans la critique stérile vous expliquant de haut combien Facebook et Twitter sont des groupes capitalistes extrêmement dangereux, vous avez sûrement déjà entendu ça. Je souhaite juste partager ma tristesse et ma frustration quand je me rends compte de tous les contenus militants originaux et de qualité que l’on trouve exclusivement sur les réseaux sociaux.

Frustration car quand vous publiez un contenu uniquement sur les réseaux sociaux, vous m’excluez. Avez-vous déjà essayé de consulter Facebook depuis Tor ou même seulement sans être connecté·es à votre compte Facebook ? Cela est quasiment tâche impossible. Imaginez une seconde que sur tous vos événements que vous avez partagé uniquement sur Facebook soit ajouté la mention « Réservé aux utilisateur·ices de Facebook », cela aurait moins de gueule, non ? Pourtant c’est assez proche de la réalité. Alors si je veux vous lire quand même, vous ne me laissez pas le choix : je dois quitter Tor et Tails, et peut-être même je dois aller jusqu’à créer un compte sur votre réseau social favori. Ce n’est pas le choix que j’ai fait.

Pourtant je vous comprends et c’est plutôt de la tristesse que je ressens quand je pense à tout ça. Car comment faire sans ? C’est par ce biais là que l’on arrive à toucher le plus de gens possible. Entre publier sur un blog qui sera lu par 100 personnes et publier sur 100 groupes facebook avec des centaines de membres chacun, le choix est vite fait. Entre apprendre à gérer un site Internet et utiliser l’interface des réseaux sociaux conçues précisément pour capter et happer les utilisateur·ices, on ne peut que constater la victoire des capitalistes.

Je souhaite quand même vous encourager à créer vos propres sites Internet pour vos luttes, vos blogs, à proposer vos contenus aux sites amis comme les réseaux Mutu, etc. Je souhaite aussi remercier celleux qui prennent le temps de le faire. Ainsi vous participez à l’autonomisation des militant·es face aux réseaux sociaux. Alors, n’hésitez pas si vous le pouvez : prenez le temps d’apprendre à créer un blog ou un site Internet. Je ne vous demande pas de quitter vos réseaux sociaux où vous avez réussi à créer des réseaux utiles aux luttes mais plutôt d’essayer au maximum de ne jamais poster des contenus originaux eclusivement sur ceux-ci.

Et je souhaite aussi m’adresser à vous qui utilisez Facebook, Twitter ou Instagram pour vous tenir au courant des actualités, je vous encourage à vous renseigner sur les alternatives qui existent. Selon votre usage, l’utilisation d’un flux RSS ou l’abonnement à des listes mails pourra peut-être vous aider à gagner en autonomie.

Bonne chance à tou·tes !

Image : Illustration extraite de la brochure Face à Facebook.

Ma colère suite à l’expulsion du Village Du Peuple, témoignage.

Lorsque je suis revenu.e sur les ruines du village le lendemain de sa démolition, j’ai eu du mal à reconnaitre les lieux qui m’avaient servi de refuge ces trois dernières semaines. Du four à pain, vestige de la modeste paysannerie qui habitait là il y a encore peu, il ne restait que quelques briques intactes. La magnifique grange où tant de rencontres se sont tissées était devenue un immense tas de pierres. Idem pour la maison qui abritait nos douces soirées au coin du feu. Une quantité tellement impressionnante de pierres que j’avais du mal à réaliser comment un tel édifice avait été bâti à la main, en 1720. Ensevelie la montagne de vêtements dont la distribution animait le village tous les mercredis. Ensevelis tous les ustensiles de cuisines patiemment accumulés pour permettre les week-ends porte-ouverte qui s’y étaient tenus. Seuls des souvenirs ressurgissent de ce triste tas de gravats. Alors, une colère monte en moi. Une colère calme, froide, puissante, effrayante. Le genre de colère qui fait que tu sais que ta vie ne sera plus jamais comme avant.

C’est devant ces ruines qui s’étendent à perte de vue sous mes pieds que je prends conscience de la violence implacable du système. Je me dis, ils sont prêts à tout pour museler toute insurrection à venir, quitte à raser des bâtiments historiques, quitte à expulser des dizaines de personnes précaires ; ce sont des détails qui ne les affectent pas. Je me pensais écologiste et je croyais cette cause fédératrice au-delà des clivages sociaux habituels. Je me rends compte qu’ils sont prêts à tout pour garder le contrôle, et surtout, ne pas nous laisser expérimenter autre chose. La violence qui les anime est immense, mais souvent invisible. Elle se matérialise aujourd’hui sous mes yeux qui se referment, tristes.