Récit de l’arpentage de Rage de Camp le 30 octobre

Éléments techniques


Le livre arpenté était Rage de Camp. Nous avons arpenté toutes les parties sauf la partie 3 concernant l’autonomie matérielle. Nous étions une dizaine. Nous avons commencé à 15h30 la lecture et commencé la restitution à 16h30. Nous nous sommes arrêté·es à 17h45 après que chacun·e ait parlé à tour de rôle de sa partie et n’avons pas eu l’énergie de discuter collectivement ensuite.

Prise de note de la restitution collective

Bref historique

Un camp autogéré, c’est un rassemblement permettant de partager des expériences et des réflexions. Cela demande un sacré boulot de préparation : quasiment un an pour le campement de Bure. Les campements autogérés ont une longue histoire et il serait long de tous les énumérer. On peut citer les exemples des camps action climat, des campements no borders et des contre-sommets.

Un des objectifs de ce livre est de faire un retour d’expérience sur l’organisation d’un campement autogéré anticapitaliste et anti-autoritaire, à la fois avant et pendant le camp en se basant principalement sur l’expérience d’un camp à Bure en 2015.

Organisation en amont

Au niveau de la préparation en amont, les organisateur·ices se sont organisé·es de manière horizontale et décentralisée. A la fois par choix politique pour l’absence de hiérarchie et par commodité pratique. Par exemple des personnes habitant la même ville prenaient en charge une partie de l’organisation et pouvaient avancer plus vite en se réunissant à leur rythme. Les réunions mensuelles étaient itinérantes ce qui a permis de tisser des liens, d’intégrer de nouvelles personnes et de mieux répartir la charge d’hébergement des réunions.

Il a fallu poser des règles de base et des directions communes pour ne pas se prendre la tête à tout remettre en question systématiquement. S’est aussi posé la question de l’ouverture ou de la fermeture du groupe d’organisation. Quelques fois, c’est pratique d’être ouvert·es pour intégrer de nouvelles énergies, avoir un œil extérieur qui remet en question les évidences et quelques fois, c’est mieux pour avancer de fonctionner uniquement avec des personnes se connaissant afin d’approfondir certains points sans devoir réexpliquer. Il fallait faire aussi attention collectivement au niveau d’engagement individuel des différentes personnes et à être tolérant·es vis-à-vis des capacités d’investissement en temps variés.

Auto-gestion dans le camp

Le collectif d’organisation a choisi de s’auto-dissoudre au début du camp afin de laisser la place à l’autogestion. Pourtant, c’est loin d’être simple de transmettre toutes les connaissances accumulées lors de la préparation afin que les personnes arrivant puissent comprendre le fonctionnement du camp.

Des gens se sont également questionné·es sur comment fonctionner effectivement sans hiérarchie alors que les personnes sachant plus de choses acquièrent naturellement une légitimité plus grande. Comme on ne nous apprend pas dans notre société à fonctionner en autogestion, c’est loin d’être naturel et automatique d’arriver à mettre en place une réelle auto-organisation. Un fonctionnement par groupes de dizaines de personnes nommant des référent·es tournant·es qui se réunissent chaque matin pour faire le point sur les tâches à répartir s’est mis en place sur le camp.

Les auteur·ices ont également ajouté un joli tableau extrait de la brochure L’autogestion c’est pas de la tarte sur comment se débarrasser des chef·fes avec des idées de solutions individuelles, de la part de la personne possédant du pouvoir ou des personnes acceptant cette dominations, et des idées de solutions collectives.

Cohabitation, usage et limites

Dans un camp, il faut penser l’organisation spatiale en fonction des usages. Par exemple en mettant la cantine dans un point central et en éloignant l’espace des soirées du camping. Il ne faut pas oublier également de penser à des endroits où l’on se sent en sécurité, comme par exemple un espace en mixité choisie. Afin de laisser aussi la possibilité à des collectifs de ramener des espaces, de proposer des activités, il faut penser à l’avance de laisser des espaces libres.

Soin et prendre soin

Gérer une équipe médic qui fonctionne pour un camp de 600 personnes, cela ne s’improvise pas. Quelques éléments techniques qui ont été décidés : une voiture dédiée à ça, des permanences H24 de médics et une liste des pharmacies, médecins et hopitaux dans les environs. Un petit retour : il pourrait être judicieux de faire des équipes mixtes médecins-personne familière avec le fonctionnement autogestionnaire du camp.

Pour le soin psychologique, il a été choisi de formaliser l’existence de médiateur·ices, de faire tourner ces rôles et de penser aussi au fait que ces médiateur·ices ont elleux aussi besoin d’écoute.

Liens avec l’extérieur du camp

Il s’agit d’éviter plusieurs dangers : l’effet bulle d’entre-soi, les étiquettes de casseur·euses. Pour cela, il est important de mettre beaucoup d’énergie à tisser des liens avec les personnes habitant les environs. Cela peut se faire via des goûters, des repas partagés, des tractages, des chantiers participatifs, des balades à vélo, etc.

Pourtant, il est quelques fois compliqué de créer du lien quand il y a trop de différences, notamment politique. Quel relation peut on avoir avec son voisin qui tient quelques fois des propos oppressifs et qui souhaite soutenir la lutte antinucléaire ? Certain·es ont fait le choix de ne jamais créer de fausse connivence via l’exclusion de groupes de personnes.

Précautions numériques

Quelques conseils pratiques : préférer Signal aux SMS, installer si possible Replicant sur les téléphones, préférer le système d’exploitation Tails pour les ordinateurs. Se former sur la géolocalisation des téléphones, le bornage, etc.

Communication

La communication à l’extérieur est un enjeu majeur du camp. Rappelons qu’un des objectifs d’un campement autogéré est de visibiliser et de renforcer une ou plusieurs luttes. Ce qui a été utile pour le campement à Bure : création d’un site web, le plus joli et pratique possible, d’une liste mail d’information, mise en place d’un infotour pour visiter divers luttes et collectifs, créer du lien, etc.

Pour la communication sur ce qui se passe à l’intérieur du camp, il y avait une radio que certain·es locaux écoutaient, des journaux muraux affichés dans le camp et à l’extérieur, des tractages porte à porte et aussi des événements hors les murs afin de permettre aux personnes ne se sentant pas légitime à se rendre sur le camp de se tenir au courant et de participer quand même.

Afin d’expliquer le plus clairement comment fonctionne un camp autogéré, il y avait un point accueil, un point info et une brochure de présentation du camp (qui, dans le cas de Bure, est malheureusement arrivée imprimée trop tardivement).

Cela peut être sympa aussi de garder au fur et à mesure des traces de ce qui est vécu collectivement et individuellement sur le camp.

Les liens avec les journalistes sont assez complexes. Il est plus simple que l’équipe d’automédia soit la seule à être en contact et à voir les journalistes mais cela est difficile à mettre en place sans prise de pouvoir. Rencontrer les journalistes loin du camp avec des personnes choisies peut éviter que les journalistes soient chahuté·es par des personnes du camp et éviter aussi que les journalistes fassent des prises de vues ou de son sans que l’équipe automédia soit au courant. L’enjeu est important d’arriver à avoir de bons contacts avec les journalistes sans lisser son image pour autant.

Programme

Pour que le camp attire des gens, il est vital d’établir un programme le plus clair possible et détaillant ce qui va se passer dans chaque atelier. Concrètement, c’est cool de n’avoir aucun atelier sans référent·es à l’aise avec le sujet au risque que l’atelier tombe à l’eau. Quelques fois si les discussions ne sont pas amorcées, elles ne commencent pas toutes seules.

Dans le programme, il faut penser à laisser du temps libre. Un programme surchargé crée un climat de tension et de stress. De plus, cela permet aux personnes arrivant sur place de s’emparer de la programmation en proposant d’elleux-mêmes des ateliers.

Comme dit auparavant, des événements hors les murs permettent de toucher d’autres personnes et de parler de ce qui se passe à l’intérieur du camp.

Action

Avant de décider d’une action, il faut déterminer si elle est judicieuse et analyser le contexte politique et local. Les camps peuvent avoir deux différents types de temporalité : une temporalité courte avec un but d’action qui va monopoliser l’énergie de toutes les personnes présentes ou une temporalité plus longue pour partager des réflexions et des savoirs et appréhender le terrain.

Lors d’une action, la communication est essentielle et il ne faut pas sous-estimer le travail des équipes de talkie. Mettre 3 personnes par talkie pour avoir une personne qui communique, une personne qui s’informe et une personne qui surveille les flics peut être judicieux. Pour que cela soit organisé, il vaut mieux répartir les rôles à l’avance.

Lorsqu’on lance une action un peu plus radicale, c’est important de prévoir les conséquences de l’action et de prévenir les copain·es pour éviter qu’iels soient surpris·es ce qui peut engendrer des tensions et représenter un danger pour tou·tes.

Legal team & Juridique

Pour faire partie de la legal team, il n’y a pas besoin de formation juridique particulière. La Legal Team a 3 rôles : centraliser les informations, reconstruire les événements et faire le lien avec les avocats.

Avant le camp, il faut contacter les avocats pour préparer une ligne politique et négocier des tarifs et planifier leurs disponibilités. Penser aussi à lancer une caisse de soutien. On conseille fortement d’utiliser des téléphones anonymes dont un qui centralise les appels et deux autres numéros pour rappeler les gens.

Lors d’une action, avoir un membre de la legal sur place avec un téléphone permet d’avoir un point de vue objectif et sûr sur ce qui est en train de se passer. On conseille l’utilisation de cahiers pour ne pas perdre des informations mais il faut faire attention à très bien les cacher car il y a beaucoup d’informations sensibles dedans. C’est utile de préparer un flyer sur la situation légale actuelle et les principales informations à retenir ainsi que de faire des rappels juridiques régulièrement.

Pour surveiller les déplacements des flics, penser à organiser une ligne infotrafflic.

Au niveau de l’équipe, il est important que l’équipe soit réduite avec peu de rotation. Il faut une forte confiance mutuelle et le groupe doit être fermé et intégrer des nouveaux membres par cooptation. Au sein de la legal, il vaut mieux des personnes qui retiennent bien les informations et qui ne sont pas trop bavardes.

Après le camp, il faut faire le suivi des interpellations, garder le contact avec avocats, les personnes interpellées et leurs proches, lancer des appels à soutien et organiser des comités de soutien aux procès. Faire également attention à bien détruire tout ce qui n’a plus d’utilité.

Se défendre

Comment faire face à une situation de danger sans avoir recours aux autorités ? Il est important d’évaluer les risques inhérents au terrain (barricades sur les points d’accès inutilisés, etc.) Bien avoir conscience cependant que si les flics veulent intervenir, il est compliqué de les en empêcher mais cela n’empêche pas de mettre en place des mesures pour leurs effets dissuasifs.

Le danger peut venir aussi des voisins et il est important de les anticiper en ayant une connaissance de la situation politique locale afin de ne pas se retrouver complètement hors sol.

Pour gérer les risques d’agression, de violence en interne, on conseille de mettre en place un groupe d’autodéfense et de poser à l’avance la question de la justice autogérée.

Après le camp

Penser à préparer le démontage en amont et à prévoir une semaine. Ce temps peut être utile aussi pour se détendre, l’ambiance est beaucoup plus relax en petits groupes. C’est aussi l’occasion de se retrouver entre groupes affinitaires avec moins de choses à gérer pour faire un petit débrief à chaud. C’est important de créer du lien pendant le camp pour que des gens restent après le camp afin d’aider à démonter.

En termes de matos empruntés, tenir un cahier clair aide beaucoup ainsi que de mettre un·e référent·e par objets empruntés. Demander à l’avance ce qu’il se passe en cas de vol, de perte ou de saisie par la police.

Pour la thune, c’est cool de s’y prendre le plus tôt possible tant que tout le monde est encore là, ça ira beaucoup plus vite qu’une fois qu’on est dispersé·es.

C’est cool aussi de faire un débrief à froid sur une date décidée en amont histoire que les gens aient prévu d’être disponibles. Pour ce débrief, cela fait gagner de l’énergie collective d’en discuter en petits groupes affinitaires histoire d’avoir des réflexions déjà plus construites. Et aussi, penser à des temps différents selon les degrés d’implication des différentes personnes car le ressenti change beaucoup.

Suites politiques du camp

Avant de parler de ça, il est important de rappeler qu’il faut faire attention à la mentalité linéaire des manuels de gestion objectif-résultats. Un camp, c’est aussi du sensible, des liens qui se créent, etc. Les conséquences peuvent être à plus long terme comme par exemple à Bure où le campement de 2015 a peut-être aidé à consolider un groupe qui a lancé l’occupation du bois Lejuc en 2016. Souvent après les campements proches de luttes, de nombreuses personnes choisissent ensuite de rester. Le campement aide aussi à la politisation des locaux et des collectifs en montrant combien l’on est nombreux·ses à s’opposer à un projet en particulier.

L’autre suite du camp, c’est bien sur tous les vécus individuels et collectifs qui vont orienter des trajectoires de vie. Mais ça, c’est une autre histoire pour une autre brochure !

1 réflexion sur « Récit de l’arpentage de Rage de Camp le 30 octobre »

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